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Qui est Payton Gendron, le jeune de 18 ans qui préparait la tuerie de Buffalo depuis des mois?


Rédigé le Lundi 16 Mai 2022 à 10:26

Il avait évoqué son désir d’effectuer une tuerie de masse il y a des mois sur internet, mais ce samedi, Payton Gendron est passé à l’acte. Le jeune d’à peine 18 ans a emprunté la voiture de ses parents et roulé près de 400 kilomètres pour regagner Buffalo “où vivent beaucoup de Noirs”, a-t-il expliqué. Une fois sur le parking d’un supermarché de cette ville de l’état de New York, il a immédiatement tiré à vue avant de continuer son massacre à l’intérieur du magasin. Ses balles auront touché 13 personnes. Onze d’entre elles étaient noires de peau. Dix n’ont pas survécu. L’ancienne école du suspect avait déjà signalé la dangerosité présumée de l’adolescent, qui avait menacé d’une tuerie “durant ou après la remise de diplôme”.


“Just got to go for it”. Je dois absolument aller au bout. Voilà les paroles de Payon Gendron alors qu’il se filmait, muni d’une caméra et tenant le volant de la voiture parentale avec des gants noirs, en train de pénétrer sur le parking du grand magasin Tops Friendly, à Buffalo. Nous sommes samedi, il est 14h30. Sur le rétroviseur de la voiture, on remarque le casque et la GoPro de l’adolescent. Sur le siège passager, une arme de guerre, l’une des trois qu’il a emmenées avec lui. Payton Gendron est déterminé et veut partager en direct sa macabre expédition.






Il diffuse les images en live sur Twitch, un site surtout utilisé par les gamers pour partager leurs parties en direct. Il sort de son véhicule et fait immédiatement feu sur les premiers passants qu’il croise à l’aide d’un semi-automatique noir sur lequel il a notamment peint un N - pour “nègre” - en blanc. Quelque deux minutes plus tard, la plateforme est avertie et interrompt le streaming.

Après ça, j’irai plus loin dans un autre quartier faire encore plus de victimes

Payton Gendron, Opgepakte schutter
Héros
Sur les quatre personnes qu'il abat sur le parking du supermarché, trois succombent. Une fois dans l’entrée du grand magasin, un agent de sécurité tente de le neutraliser en tirant sur lui, mais en vain: la veste pare-balles du tueur le sauve. Ce dernier riposte et tue le gardien. Sa cinquième victime s’appelait Aaron Salter Jr, avait 55 ans et avait travaillé 30 ans à la police locale. “C’est un héros qui a tenté de protéger les gens du magasin”, a réagi avec émotion Byron Brown, bourgmestre de Buffalo.


Alors que les clients courent se cacher jusque dans les congélateurs, Payton Gendron arpente les allées du supermarché sur ses bottines militaires. Shonnell Harris raconte qu’elle faisait du rayonnage lorsqu’elle a entendu un bruit assourdissant avant de voir les gens se ruer vers l’arrière du magasin. Dans ses souvenirs, elle pense avoir compté quelque 70 coups de feu. Dans sa fuite vers l’extérieur, elle fait plusieurs chutes, mais s’en sort indemne. Selon le dernier bilan de la police, Gendron a touché 13 personnes au total, aussi bien des clients que des membres du personnel. Trois ont été acheminées à l’hôpital avec de graves blessures par balles. Les dix autres ont péri sur place. Onze des victimes étaient noires. Un rescapé du magasin explique avoir, lui, été épargné par le tueur fou, et avoir même reçu ses excuses pour le traumatisme engendré. Le client qui a eu grâce à ses yeux était un homme blanc.

Braedyn Kephart et Shane Hill, tous deux 20 ans, ont croisé le tireur qui sortait du supermarché juste après son massacre. “Il était là et tenait une arme contre son menton. Nous ne comprenions pas ce qui venait de se passer. Pourquoi ce jeune homme pointait-il une arme contre lui? Puis nous l’avons vu s’agenouiller devant la police. Il a retiré son casque, baissé son arme et a été plaqué au sol par plusieurs agents”, relatent les deux jeunes clients qui ont échappé au pire à quelques minutes près.






Samedi soir, le jeune tireur a été présenté devant le juge. Vêtu d’une blouse d’hôpital et d'un masque buccal, il a plaidé "non-coupable”. Le juge l’a placé sous mandat d’arrêt pour meurtres avec préméditation. Il encourt la réclusion à perpétuité. Mais qui est cet adolescent soudain capable du pire?

Ce que l’on sait du tireur présumé
Payton Gendron, 18 ans, est originaire de Conklin, une cité-dortoir de quelque 5.000 habitants. Il est l’aîné d'une fratrie de trois garçons, et leurs parents sont tous deux ingénieurs civils. La famille réside dans une belle et grande villa en bois, typique dans la région. Les parents, qui sont interrogés par les agents fédéraux, “collaborent pleinement à l’enquête”, ont relaté les forces de l’ordre.

Dans le quartier natal du suspect, c’est le choc et l’incrédulité. Nancy Santucci, une voisine de la famille, a réagi à l’effrayante expédition de ce garçon qu’elle connaissait. Elle dit qu’elle était “à mille lieues d’imaginer que Payton soit en mesure de commettre une chose pareille”. “Il a été diplômé l’an dernier de la Susquehanna Valley High School. Je me souviens d'une grande fête dans le jardin des Gendron, qui était entièrement décoré de ballons. Payton était revenu de l’école avec un immense brontosaure qu’il avait réalisé pour un projet scolaire”. Selon elle, Payton Gendron était un ado très sportif, qui aimait particulièrement le base-ball.

Mais du côté de l’école, on connaissait bien le côté plus sombre de l’adolescent. La direction avait signalé les propos du jeune homme l’année dernière déjà, après qu’il eut menacé de commettre un massacre durant ou après la remise des diplômes. On ne sait pas exactement s'il y a eu enquête ou poursuites contre l’élève suite à cette plainte, et on est en droit de se demander comment il est parvenu - après de telles menaces et un éventuel casier - à se procurer légalement les trois armes avec lesquelles il s’est rendu au Tops Friendly de Buffalo. Les anciens camarades de classe du suspect se souviennent d'un élève avec un comportement parfois étrange. L’an dernier, il s’était par exemple rendu en classe durant toute une semaine affublé d'une combinaison HAZMAT, normalement destinée aux personnes qui travaillent avec des produits chimiques dangereux. “Je ne sais toujours pas s’il faisait ça pour se protéger du coronavirus ou si c’était par humour”, s’interroge un ex-camarade. Lors d'un projet où les élèves devaient créer leur pays idéal, Payton Gendron avait opté “pour une formule à la Hitler”, se souviennent-ils également. Une histoire tout sauf anecdotique à la lumière des faits de ce samedi.

“Je suis raciste”
Selon les premiers éléments de l’enquête, le tireur avait déjà annoncé son projet meurtrier en janvier, dans un manifeste de 180 pages qu’il avait publié en ligne. L’adolescent y faisait part des raisons pour lesquelles il choisirait le Tops Friendly de Buffalo pour perpétrer ses crimes. “C’est un supermarché qui se situe dans un code postal où l'on compte le plus d’habitants noirs”, lançait-il à l’issue de longues analyses des registres disponibles. Plus loin, il expliquait aussi avoir développé ses pensées racistes en explorant sur internet la littérature ad hoc “par ennui pendant la pandémie de coronavirus”. Il y clame être devenu un “raciste et antisémite convaincu” grâce à ses “recherches personnelles” sur le sujet et à adhérer à des théories du complot racistes, et aux thèses des suprémacistes blancs. Il ajoute aussi rejoindre en cela la vision de Brenton Harrison Tarrant, le tueur de masse qui avait abattu 51 personnes dans une mosquée néo-zélandaise à Christchurch en 2019, ainsi que celles d’Anders Behring Breivik, auteur des tueries d’Oslo et d’Utoeya en 2011.

“Grand remplacement”
Dans le manifeste, l’adolescent décrivait déjà son raid dans les moindres détails. Un plan minutieusement calculé, du corned-beef qu’il mangerait au petit-déjeuner, à l’itinéraire précis qu’il emprunterait pour regagner Buffalo à plus de 370 kilomètres de chez lui, en passant par la manière dont il enfilerait sa veste pare-balles et comment il diffuserait son escapade en direct sur internet.

Payton Gendron, visiblement tout à fait prêt, a finalement mis son plan à exécution plus tôt que prévu. Il avait prévu de ne commencer à tirer que vers 16 heures, mais ses premiers tirs ont eu lieu peu après 14h30. Selon son plan, il voulait ensuite poursuivre son raid dans les quartiers de Buffalo, pour faire encore plus de victimes parmi la communauté afro-américaine. Son objectif éhonté: contrer “le grand remplacement” qu’il craignait, à la vue de la “baisse de natalité dans les communautés blanches”. Sur son arme, en plus de l’allusion à l’insulte “nègre” désormais taboue outre-Atlantique, quelques noms de victimes de la parade de Noël de Waukesha (Milwaukee), où un conducteur noir d’un SUV avait foncé dans la foule, tuant six personnes et faisant 62 blessés parmi lesquels des enfants.

Condamnation unanimes, Biden évoque “une tache sur l’âme des USA”
Cette nouvelle tuerie raciste a provoqué une onde de choc aux États-Unis. “C’était du terrorisme intérieur, purement et simplement”, a déclaré la procureure générale de New York, Letitia James, qui s’est rendue à Buffalo pour assister à la veillée. Dénonçant un acte “raciste” et une “exécution de style militaire” liée à la “suprématie blanche”, la gouverneure de l’État de New York, Katy Hochul, a exprimé sa colère et souligné la responsabilité des réseaux sociaux. “Les réseaux sociaux permettent à cette haine de fermenter et de se répandre comme un virus”, a-t-elle lancé à Buffalo, sa ville natale.

Dans un communiqué, le président Joe Biden avait aussi dénoncé samedi cette attaque, rappelant que “tout acte de terrorisme intérieur, y compris un acte perpétré au nom d’une idéologie nationaliste blanche répugnante, est contraire à tout ce que nous défendons en Amérique”. “La haine demeure une tache sur l’âme de l’Amérique”, a-t-il ajouté, en plus de promettre de suivre de près les développements de l’enquête de Buffalo.




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