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Sacré Cœur I : retour sur la vie des hommes de main de Habré et des soldats de la garde rapprochée


Rédigé le Jeudi 26 Août 2021 à 11:14

Le Président Habré a été rappelé à Dieu avant-hier à l’hôpital principal de Dakar. Si on ne parle que de lui, beaucoup de sénégalais ignorent qu’à son arrivée à Dakar, le 11 décembre 1990, l’ex homme fort de Djamena était accompagné d’une centaine de soldats tchadiens et une dizaine de membres de l’équipage de l’avion présidentiel. En dehors du président Habré mis en résidence « surveillée » ou sécurisée à la « Résidence-Pasteur » à Dakar, le gouverneur du Palais s’est attelé à trouver des logements temporaires aux autres. Finalement, deux villas ont été louées pour eux dans le quartier de Sacré-Cœur I à Dakar. L’une destinée à loger certains officiers-généraux, conseillers techniques et membres du service de protocole du président Habré qui l’avaient suivi dans sa fuite ; l’autre réservée aux éléments de la garde rapprochée ainsi qu’aux membres de l’équipage (pilotes et mécaniciens) de l’avion de commandement du Tchad. C ‘est ainsi que le paisible quartier résidentiel de SacréCœur I s’est réveillé avec des dizaines de réfugiés pas comme les autres.


Le Témoin raconte qu’en bons bidasses sachant s’adapter à n’importe quel environnement, les soldats tchadiens se sont efforcés rapidement de s’intégrer dans cette cité en sympathisant assez facilement avec des jeunes du coin. Surtout, surtout, ils ont tenté de draguer les belles et coquettes filles ! Ce qui n’était pas facile dans cette cité bourgeoise dans le contexte des années 90 où les habitants de ce quartier résidentiel étaient de nature calmes, discrets et effacés. Des familles au mode de vie individualiste qui tenaient avant tout à valoriser tout la sécurité et le statut social de leur nouveau quartier. A l’époque, de nombreux habitants de Sacré-Cœur avaient peur de ces individus qui venaient d’un pays en guerre ! Pire, certains parmi leurs nouveaux voisins venus d’Afrique centrale, bien qu’étant en civil, se baladaient avec des pistolets. Une raison de plus qui a conforté certains voisins dans leurs préjugés. Donc pour les Tchadiens de Sacré-Cœur, la seule sociabilité formelle ou obligée était relative aux fréquentations utilitaires comme les contacts avec les gérants de télécentres, les boutiquiers et les marchands de fruits.
Ce qu’il faut surtout retenir à l’époque, c’est que la venue à Sacré-Coeur 1 de ces soldats et membres d’équipage tchadien, qui n’étaient pas fauchés, a non seulement contribué à booster quelque peu l’économie du quartier, mais aussi à redéfinir le mode de vie. Pour preuve, Sacré-Cœur 1 était le seul quartier au Sénégal où les devises tchadiennes s’échangeaient dans les boutiques et commerces. Les billets de banque (CFA) de l’Afrique centrale circulaient abondamment et rapidement dans cette cité résidentielle au point de pousser le gouverneur de la Bceao à prendre une circulaire interdisant la transaction des signes monétaires de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Beac) au Sénégal. En effet, les fortes sommes d’argent en devises étrangères que détenaient les fugitifs tchadiens confortent ceux qui disaient que le président Habré avait vidé les caisses du Trésor public avant de partir. Toujours est-il que durant toutes les années 1990 et 1991, les compagnons d’Hissene Habré constituaient la première source de recettes en devises étrangères à Sacré-Cœur 1 et quartiers environnants.
Mme Nd. K. F domiciliée à la Sicap Liberté 4 voisine semble être bien placée pour confirmer. Pour cause, elle s’était mariée en 1993 avec un sous-officier tchadien. « Malheureusement, notre union n’avait pas duré. C’était un homme bien, généreux et sans histoires. Le problème s’est posé lorsqu’il a décidé de rentrer au Tchad et a voulu m’emmener avec lui. Mes parents s’y étaient opposés à cause de l’insécurité dans ce pays. Et on avait divorcé avant qu’il retourne dans son pays » confie la dame qui s’est remariée depuis. Retourné cette semaine dans ce premier quartier refuge du clan Habré, « Le Témoin » a appris que le chef du protocole a été le dernier des Mohicans tchadiens à quitter le quartier Sacré-Cœur 1 après 30 ans d’exil. Après avoir fondé un foyer avec une Sénégalaise, nous souffle-t-on, il est finalement rentré au bercail pour raisons médicales.

Le sermon de bienvenue de l’Imam Maodo Sylla

Quelques mois après avoir débarqué à Dakar avec bagages et combattants en détresse, le président Hissène Habré est apparu comme un homme pieux, un musulman pratiquant et un voisin généreux. Il avait ces qualités humaines et spirituelles qui auraient facilité son intégration dans la société sénégalaise. La preuve par sa première apparition publique à la Grande Mosquée de Dakar. C’était avril 1991 à l’occasion de la prière de l’Aïd Al Fitr dirigée par l’Imam Maodo Sylla. Bien avant l’arrivée du chef de l’Etat Abdou Diouf, le président Hissène Habré, tout de blanc vêtu, avait été la grande attraction ce jour-là. En compagnie d’une dizaine d’éléments armés de sa garde rapprochée, l’illustre hôte Habré avait été accueilli par l’alors chef du protocole de la Grande Mosquée, El Hadj Ameth Diène, qui l’avait installé aux cotés des différents ambassadeurs accrédités à Dakar Juste après la prière, l’Imam Maodo Sylla, de sa belle et imposante voix d’or, avait profité de l’occasion pour souhaiter la bienvenue à un hôte particulier en ces termes : « Président Habré… dalal diam thi Sénégal ! Merci d’être venu ici au Sénégal, et précisément à la Grande Mosquée de Dakar comme tout bon musulman… Dans ce pays de Téranga, nous allons prier pour toi et pour ta famille… » avait rassuré un Imam Maodo Sylla très accueillant dont les propos avaient fait converger tous les regards vers Hissène Habré. Depuis lors, l’homme de Ndjamena n’avait jamais raté les grandes prières de Korité et de Tabaski à la Grande Mosquée de Dakar. Jusqu’à ce qu’on lui fasse comprendre un jour qu’il était persona non grata en ce lieu de culte… Un ancien gouverneur militaire du Palais sous le régime d’Abdou Diouf nous confiait ceci « Effectivement, Habré priait régulièrement aux côtés du président Abdou Diouf. Seulement à un moment donné, je voulais lui interdire l’accès à la Grande Mosquée parce que, pour des raisons de sécurité présidentielle, je ne pouvais pas tolérer que des gens armés viennent prier aux côtés du chef de l’Etat. Finalement, les soldats tchadiens ont été tous désarmés pour que tout rendre dans l’ordre » a confié notre général.



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